9m2 SOUS LES TOITS

Vies des habitants dans les chambres de bonne parisiennes

Alice BEUVELET

© Alice Beuvelet


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Mon désir de photographe est de rencontrer et raconter les personnes dans leur intimité. Je suis passionnée des gens, de leurs vies, et de leur façon de vivre depuis toujours.

Ayant longtemps vécu au dernier étage sous les combles d’un immeuble du XVIIIe arrondissement, c’est avec émotion que je rencontrais la personne qui allait être à l’origine de ce sujet, Sofia que je photographiais dans le cadre d’un article pour un média en ligne. Après cette entrevue, j’ai souhaité la rencontrer plus longuement, la connaitre un peu plus. Son histoire, ses conditions de vie et l’intérieur de sa chambre m’ont touché.

Ma question a été ensuite de savoir qui vivaient dans ces chambres de bonne, quelles vies avaient-ils vécu ? Que leur étaient-ils arrivés ? Pourquoi vivaient-ils dans un logement si petit, si haut ?

Derrière ces jolies fenêtres nichées en haut des immeubles parisiens, telles des veilleuses sous les toits de tôle, se cachent des histoires de vies incroyables, mais aussi des conditions de vie difficiles, et parfois désastreuses.

Il existe plus de 100 000 chambres de service dans la capitale. Les immeubles bourgeois construits de 1830 à 1914 comportent en général un ou deux étages traditionnellement réservés aux domestiques et desservis par un escalier séparé dit « de service ».
Ce sont des logements précaires, cachés en haut des immeubles bourgeois haussmannien des quartiers les plus riches de Paris. Les conditions de vie y sont difficiles. Les chambres sont petites, de 8 à 10 m2, peu entretenues pour la plupart, mal isolées, à la merci du froid l’hiver et de la chaleur l’été. Souvent il n’y a pas l’ascenseur, monter les courses au 6ème ou 7ème étage est une vraie souffrance.

Habitat temporaire, pour les étudiants bien sûr, mais aussi pour les personnes vivant une situation difficile qui les a privées de revenu suffisant (maladie, perte d’emploi, séparation, dettes). Beaucoup sont insalubres, certains propriétaires profitant de gens en difficulté pour louer des logements indécents.

A l’heure où on essaye d’encadrer le prix des loyers parisiens, et où la Mairie de Paris envisage de transformer les chambres de bonne en logements sociaux, je suis partie à la rencontre de leurs occupants. Voir qui vivait là, quelles étaient leurs conditions de vie, et connaître un peu leur histoire.

J’ai commencé ce travail en 2016 et terminé les dernières prises de vues en juillet 2017. J’ai été en contact avec une association de réinsertion des jeunes à la rue, le centre Corot, qui logent les jeunes les plus autonomes dans de petites chambres de bonne dans le XVIe arrondissement. Ce projet n’a fait l’objet d’aucune exposition et d’aucun article.

Pays : France
Lieu : Paris

Nombre de photos : 31